Fondements de la psychanalyse corporelle (part 3) – avr 2007

Témoignage

Catherine Berte 
Kinévarianews avril 2007

Dans les numéros précédents, vous avez pu découvrir une information sur les différents traumatismes fondateurs de notre personnalité et enfin sur les sept niveaux de profondeur de cette nouvelle technique d’investigation du passé au travers du cas d’Elise.

Voici aujourd’hui le témoignage de cette jeune femme. Bien sûr son récit est loin de retransmettre la musique incroyable et l’intensité du revécu final d’un traumatisme. Sa compréhension de son histoire par la psychanalyse corporelle jusqu’au bout du septième niveau de revécu lui a apporté un profond apaisement. Elle peut aujourd’hui réellement profiter de la répétition de son histoire en en faisant un rendez-vous de transformation du présent.

« Quand j’ai entamé ma psychanalyse corporelle, je n’avais plus aucun goût pour mon travail, j’y passais des heures derrière des piles de dossiers que je traitais à longueur de journée, opiniâtre, efficace… et je restais toujours ignorée dans cet emploi ingrat !

Dans les premières séances de psychanalyse corporelle, j’ai revécu les efforts permanents que je faisais pour être un enfant modèle dans mes résultats scolaires, le besoin de décrocher des diplômes pour conquérir une place dans cette famille. C’était bien moi au passé… et au présent je me voyais chez moi, avec ma fille de sept ans, exigeante, réclamant la perfection dans tous ses résultats scolaires, ses attitudes !

Il fallait que ça s’arrête, je voulais autre chose pour nous, je voulais pouvoir souffler, avoir un peu de tendresse moi aussi, cela devenait vital ! Si j’avais accès à la réalité de mes comportements, il devait aussi y avoir une possibilité d’apaisement.

Dans les niveaux les plus profonds de ma psychanalyse, j’ai retrouvé ma petite enfance – deux mois après ma naissance – Un matin précis, au moment du bain, j’ai pu vivre à quel point ce bébé était sensuel et profondément aimant. Comme cet amour était simple et pur dans les bras de mon papa. Dans le même instant, j’ai senti ma maman tellement épuisée et triste… j’aurais voulu qu’elle soit avec nous dans cette tendresse spontanée. Juste au moment où elle est en train de me langer, je fais pipi et cela coule sur mon ventre… c’est chaud et doux ! Mais je sens ma maman furieuse, elle est humiliée par ce pipi qu’elle est réduite à essuyer alors que moi je suis dans le plaisir de cette caresse tiède ! Elle retrouve une vieille situation où petite déjà elle était contrainte à l’entretien de toute la maisonnée alors que ses frères avaient droit aux loisirs… A ce moment là, oui, elle est devenue folle, elle frotte mon ventre et mon sexe de plus en plus fort pour y effacer toute trace de plaisir.

Bien sûr cette toilette est trop rude, mais j’ai surtout l’impression d’exploser entre les élans de la petite fille sensuelle, vivante et le refus de ma maman pour tout ce plaisir.

Je suis devant un choix délirant : soit devenir un être de devoir sans plaisir pour ne pas perdre ma mère, ou choisir le plaisir si vivant, si naturel pour le petit bébé (mais alors je perds ma maman) Cet instant est déchirant, je l’aime tellement cette maman, elle est ce que j’ai de plus cher au monde ! je ne veux surtout pas la perdre…et de l’autre côté, il y a toute cette sensualité, ce plaisir auquel il faudrait renoncer. Dans une seconde fulgurante, je choisis le monde de ma maman pour ne pas la perdre. Je choisis de devenir la femme de devoir même s’il me faut renier le plaisir.

Comme toute ma vie s’explique par cette sentence ! Jusqu’à l’échec de mon couple où j’étais incapable de rien ressentir… un couple conventionnel, finalement raide et intenable.

Je suis profondément touchée aussi de voir combien j’ai inculqué le même message à ma fille : le sens du devoir… envers et contre tout plaisir !

Peu à peu, c’est une véritable rééducation au plaisir qui a lieu dans ma vie, au travail comme à la maison. Je ne peux rien changer à mon histoire, mais aujourd’hui quand sa répétition me saute aux yeux , cela devient un rendez-vous complice avec la vie, avec une « en-vie » que je peux concrétiser dans l’instant. Et cela change vraiment tout mon quotidien, cela réveille une femme vivante et même sensuelle ! Je traite toujours des piles de dossiers, efficace, mais joyeuse ! Dernièrement quand on m’a ramené dix dossiers « urgents » j’ai bien sûr froncé les sourcils en serrant les épaules sans rien dire : le rendez-vous était là ! Tout naturellement j’allais encore assumer en femme de devoir sans plaisir…   Alors j’ai posé mon stylo, respiré un bon coup et en me servant une tasse de café, j’ai demandé des nouvelles  de ses enfants au commis qui m’avait apporté les dossiers… nous avons papoté deux minutes puis j’ai terminé mon café avant de reprendre posément le travail… j’avais le cœur léger d’avoir pris cette pause, les arguments me venaient naturellement pour chaque dossier et finalement j’ai terminé ma journée sans heure supplémentaire, heureuse de sortir, heureuse de me balader en rentrant et de retrouver ma fille. Aujourd’hui, nous sommes deux complices sans pareille dans nos après-midi de détente à improviser des dégustations de glace ou cocktails de fruits !

Le plus beau cadeau de ma psychanalyse corporelle c’est d’avoir appris qu’à chaque douleur du présent, je suis conviée à retrouver la fillette si vivante d’avant ce traumatisme, en apprenant à vivre, tout simplement, et à savourer le délice de l’instant, choisi, libre du passé. »

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